Partout au Canada, la participation civique des jeunes se situe à un creux alarmant. Lors des élections fédérales de 2021, moins de la moitié des électeur·trice·s de 18 à 24 ans inscrit·e·s ont voté, comparativement aux trois quarts des personnes inscrit·e·s âgé·e·s de 65 à 74 ans (source). Grace Lowes (2016) et Lily Bateman (2017), deux anciennes Boursières Loran, ne pouvaient plus fermer les yeux sur cette tendance inquiétante et ont décidé de passer à l’action.
Leurs parcours universitaires et professionnels ne sont pas directement axés sur la politique. Grace est étudiante en troisième année de droit à l’école Osgoode Hall. Elle effectue actuellement un stage auprès de la Première Nation des Chippewas de Rama dans le cadre du programme intensif sur les terres, les ressources et la gouvernance autochtones de son école. Lily est une développeuse principale d’infrastructures d’IA qui travaille dans le secteur de la cybersécurité et qui est également bénévole au sein de Gouvernance et Sécurité de l’IA Canada. Comme bien des Boursier·ère·s Loran, Grace et Lily sont résolues à cerner les défis auxquels sont confrontées leurs communautés et à s’efforcer de trouver, ou de créer, des solutions efficaces.Ensemble, elles ont fondé Action Pact, un programme visant à aider les jeunes Canadien·ne·s à mieux comprendre le fonctionnement de la démocratie et la manière dont leur participation peut la façonner. Elles ont commencé par se poser une question simple, mais importante : Pourquoi est-ce que tant de jeunes se sentent déconnecté·e·s du domaine civique?
« Les responsables politiques ne voient pas l’intérêt de séduire le jeune électorat, car il ne se rend pas aux urnes, explique Grace. Les jeunes ne votent pas, ne vont pas aux réunions publiques et n’écrivent pas à leurs député·e·s. Les décisionnaires sont sensibles aux indicateurs, et la participation est mesurable. » Le problème était clair : lorsque la participation des jeunes est faible, leurs priorités sont moins prises en compte. Lorsque les jeunes ont le sentiment de ne pas être entendu·e·s, leur participation diminue encore davantage. Action Pact a été créé pour briser ce cercle vicieux.

En tant que bénéficiaire d’une subvention GLocal, Action Pact vise à toucher les jeunes à un moment charnière de leur vie : les années qui précèdent et suivent leur accession au droit de vote. Plutôt que de se concentrer sur l’acte de voter, le programme explore l’écosystème de la participation civique dans son ensemble. Il explique quand et comment communiquer avec ses élu·e·s, en plus de s’intéresser à la manière dont les systèmes politiques traduisent les votes en décisions.
La création d’Action Pact a amené Grace à réfléchir à sa propre expérience. Elle se demande souvent ce qui aurait pu l’inciter à s’engager dans le domaine civique lorsqu’elle était adolescente. La mise au point de ce programme leur a permis, à Lily et à elle, de créer une ressource à laquelle elles auraient aimé avoir accès à l’époque et de la mettre à la disposition des jeunes d’aujourd’hui.
Cette année, elles ont présenté Action Pact lors de la fin de semaine des sélections nationales de Loran, où elles ont animé un atelier à l’intention de finalistes et de Boursier·ère·s Loran de tout le pays. L’atelier portait sur le fonctionnement des institutions civiques, l’importance de la participation et les domaines où les jeunes peuvent exercer une influence.
Dans le cadre de cet atelier interactif allant au-delà d’une simple incitation au vote, les personnes participantes ont découvert les rouages de l’engagement démocratique. Elles ont pris part à un exercice de simulation d’une campagne électorale, certaines jouant le rôle de candidat·e·s représentant des partis politiques fictifs et d’autres celui d’électeur·trice·s qui votaient ou non.

Les candidat·e·s circulaient dans la salle pour discuter de diverses questions, comme le climat, la biodiversité, le logement et l’éducation. La dynamique est apparue rapidement. Instinctivement, les candidat·e·s ont consacré plus de temps à échanger avec les électeur·trice·s qui votaient, ce qui reflète les facteurs qui régissent les campagnes électorales dans la réalité. Les personnes participantes ont tout de suite remarqué la différence.
« Nous avons discuté de la différence de traitement entre les électeur·trice·s qui votaient ou non », a déclaré l’une des personnes participantes. « Les électeur·trice·s qui votaient ont clairement fait l’objet d’une attention accrue, et je pense que cela illustre très bien le fonctionnement du système. »
L’atelier s’est également penché sur le fonctionnement des institutions civiques canadiennes. Des responsabilités des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral au fonctionnement du scrutin majoritaire à un tour, Grace a souligné qu’il était essentiel de bien comprendre ces principes fondamentaux pour favoriser une participation constructive. « Si l’on ne sait pas de quel ordre de gouvernement relève une question, il est très difficile de défendre ses intérêts », a-t-elle déclaré aux personnes participantes.

Le duo a également mis au point un prototype d’outil appelé ActiVote, conçu pour aider les utilisateur·trice·s à faire le lien entre leurs priorités politiques et les candidat·e·s de leur circonscription. Les utilisateur·trice·s classent par ordre d’importance diverses questions, comme le logement, le climat, l’emploi et la santé. L’outil indiquer ensuite les candidat·e·s dont les programmes correspondent le mieux à ces priorités, tout en mettant en évidence les enjeux stratégiques auxquels les électeur·trice·s sont parfois confronté·e·s dans leur circonscription. L’objectif est de fournir au jeune électorat l’information dont il a besoin pour faire des choix éclairés.
Grace et Lily ont constaté un manque de participation civique chez les jeunes Canadien·ne·s et, plutôt que de baisser les bras, elles ont décidé de créer quelque chose qui pourrait contribuer à changer la donne. Cette initiative illustre une caractéristique fondamentale des Boursier·ère·s Loran : lorsque ces jeunes cernent des défis auxquels sont confronté·e·s les Canadien·ne·s, leur réaction est d’y remédier et d’y répondre avec curiosité, dans un esprit de collaboration et par des actions concrètes afin de faire bouger les choses. Ce faisant, ces jeunes incarnent la vision de la Fondation Boursiers Loran, qui consiste à former une population plus engagée sur le plan civique pour l’avenir du Canada, et démontrent que le véritable leadership ne réside pas dans un poste, mais dans la pratique quotidienne qui consiste à inspirer, à agir et à motiver notre entourage.